Introduction :
Le bulletin dominical d’une paroisse ou plutôt d’un regroupement de clochers (Unità pastorale) dans le diocèse de Padoue en Italie où j’ai missionné pendant mes années d’étudiant, est appelé « Camminare insieme », faire route ensemble, cheminer ensemble ; j’estime que tout est dit là à travers ce nom pour tout ce qui regarde le thème qui mobilise Mère Eglise depuis octobre 2020 en dépit de la situation délétère faite de coronavirus.
- Notions de synode et de synodalité !
Ce thème de chemin odos est celui des Actes des Apôtres et mieux du dernier chapitre du troisième évangile (Lc24) : faire route avec le Ressuscité, c’est se mettre à son école avec un cœur brûlant pour sa Parole, une reconnaissance de Lui à la fraction du pain, deux choses qui mettent en route pour rejoindre les frères. Il y a là déjà : Communion, Participation et Mission.
Du latin synodus emprunté au grec ancien sunodus (« réunion », « synode, concile »), le mot est composé de sun (« avec ») et de hodos (« chemin ») (cf. Disciples d’Emmaüs.) On voit clairement ici, à n’en point douter, l’idée de « marcher ensemble », « faire route ensemble ». Le mot « synode » désigne alors littéralement le fait de franchir le même seuil, de demeurer ensemble. Dans tous ces cas de figure, la signification est un rassemblement, une réunion. Nous avons même des expressions comme : Convoquer le synode, Aller au synode, Tenir un synode. Je crois qu’il ne serait pas superflu de mentionner le ‘Grand Synode’ (…) qui rappelait le Conseil des Anciens de Moïse. Ceux qui en faisaient partie étaient des sages éprouvés et avérés, des savants en matière de leadership et de gestion des ressources humaines avec un sens élevé de justice et d’équité (Ex 18, 13-27)
Au sein de l’Église catholique, les synodes diocésains-comme celui de l’archidiocèse de Parakou et celui du diocèse de Porto-Novo peu avant la passage à l’an 2000-sont convoqués par l’évêque diocésain ; par contre les synodes romains (Synode des évêques créé par le motu proprio Apostolica sollicitudo du pape Paul VI le 15 septembre 1965 à l’issue du concile Vatican II) rassemblent des évêques convoqués par le pape.
Dans le droit canonique en vigueur dans l’Eglise catholique romaine (1983) : « Le synode diocésain sera célébré dans chaque Église particulière lorsque, au jugement de l’Évêque diocésain et après que celui-ci a entendu le conseil presbytéral, les circonstances le suggéreront. » (Canon 466 du Code de droit canonique)
Dans le même champ lexical de rassemblement, le mot « synodalité », c’est le mode de vie d’une Eglise où le successeur de Pierre ne dicte pas la conduite des chrétiens mais où il l’accompagne, avait expliqué le pape François à l’hebdomadaire belge Tertio en 2016. C’est un terme cher à l’actuel pape.
« Le chemin de la synodalité est celui que Dieu attend de l’Église au troisième millénaire » (pape François, dans son discours lors de la commémoration du 50e anniversaire de l’institution du synode le 17 octobre 2015) Ce terme de synodalité est utilisé pour exprimer la manière dont l’Eglise fait participer les différents membres à l’ensemble de sa vie et de sa mission. Le Cardinal maltais Mario Grech, secrétaire général du synode des Evêques, définissait la synodalité comme la forme qui réalise la participation de tout le peuple de Dieu à la mission évangélisatrice. Disons que le contexte historique de la convocation de ce synode nous livre des secrets sur ses attentes pour l’Eglise, Chœur aux multiples voix.
A l’occasion du 50e anniversaire de l’institution des synodes, en octobre 2015, le pape François encourageait à améliorer la « synodalité » à tous les niveaux dans l’Église, sur l’horizon du bien de l’humanité. Pour le pape, le synode est une réponse au Christ qui demande aux baptisés de marcher ensemble. C’est un kairos, moment favorable pour l’Église de « se renouveler sous l’action de l’Esprit et grâce à l’écoute de la parole. »
Annoncé le 7 mars 2021, le Synode de l’Église catholique a été lancé par le pape François au Vatican, le 9 octobre. Ouvert dans chaque diocèse (les Églises particulières) le dimanche 17 octobre 2021, il s’achèvera en octobre 2023, avec la célébration du synode des évêques à Rome. Le document préparatoire et le vademecum publiés vont aider les fidèles du Christ de la base au sommet à examiner les attentes du pape au sujet de trois approches ou chemins synodaux : l’écoute du peuple, l’écoute des pasteurs puis l’écoute de l’Evêque de Rome, appelé à se prononcer comme pasteur et représentant du Christ.
- Mission et synodalité
« Si nous comprenons que, comme le dit saint Jean Chrysostome, l’Église et le synode sont synonymes, nous comprenons aussi qu’en son sein, personne ne peut être “élevé” au-dessus des autres ».
« Pour une Église synodale : communion, participation et mission », c’est le thème de la XVIe assemblée générale ordinaire du synode des évêques convoqués par le pape François. Le Saint-Père, au cours de son pontificat, nous a rappelé à plusieurs reprises que la synodalité est une des voies majeures dans la vie de l’Église.
Au sujet de la communion « le concept de communion est tout d’abord ancré dans le Très Saint Sacrement de l’Eucharistie, c’est la raison pour laquelle, aujourd’hui encore, dans le langage de l’Eglise, nous désignons à juste titre la réception de ce sacrement comme le fait de communier » (Novo Millenio Ineunte, Jean-Paul II) Par nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père[1].L’appel à la mission, l’invitation à sortir de soi-même par amour de Dieu et du prochain, se présente comme une opportunité de partage, de service, d’intercession.
La mission pour tous requiert l’engagement de chacun. Il est donc nécessaire de poursuivre le chemin vers une Église tout entière synodale-missionnaire au service de l’Évangile. La synodalité est en soi missionnaire, et vice versa, la mission est toujours synodale. C’est pourquoi une étroite coopération missionnaire apparaît, aujourd’hui encore, urgente et nécessaire dans l’Église universelle comme dans les Églises particulières.
La Coopération Missionnaire fait connaître ce qui se vit dans les Églises des autres continents. Elle accueille prêtres, religieux, religieuses, laïcs des autres Églises présents sur le territoire d’un diocèse donné, en lien avec la pastorale des Migrants. Elle aide à vivre des fêtes des peuples, des fêtes inter-Églises. Elle fait connaître la richesse de ce qui se vit dans les Églises grâce aux témoignages, aux courriers, aux médias, aux rencontres, aux voyages d’échanges, etc.
La Coopération Missionnaire irrigue ainsi l’ensemble des services et mouvements d’un diocèse pour l’ouvrir à la Mission Universelle. Elle rappelle la catholicité de l’Eglise. La Coopération Missionnaire met dans le coup la diversité des acteurs pastoraux pour vivre et animer tout particulièrement la Semaine Missionnaire Mondiale en octobre (par exemple en France), véritable fenêtre ouverte sur les Églises du monde, temps fort de solidarité universelle par la prière et par le don (quête des Œuvres Pontificales Missionnaires qui redistribuent l’aide récoltée selon les besoins de chacun). Il est donc important que dans chaque paroisse, service, mouvement ou congrégation, se lèvent des hommes et des femmes soucieuses de porter cette attention universelle. On les appelle les éveilleurs. Informer de la richesse des échanges entre les Églises permet aux chrétiens d’enrichir leur foi et leur regard sur le monde.

| Coopération missionnaire BENIN-COLOMBIE : Sandra et Dalila LEIVA PEMBERTHY en visite au Bénin |
Jésus envoie soixante-douze disciples en mission (Lc 10, 1-24), là où lui-même devait se rendre. Les consignes sont précises : voyager léger, aller au-devant des personnes sans a priori, leur proposer la paix, partager la vie de ceux qui les accueillent, guérir et annoncer : « Le règne de Dieu s’est approché de vous« .
En envoyant ainsi ses disciples, Jésus les amène à prendre leur part dans l’annonce de la Bonne Nouvelle – l’annonce de la proximité du règne de Dieu – et cela nous dit quelque chose quant à notre responsabilité à nous, disciples-missionnaires du XXIe siècle. C’est maintenant notre tour d’être en mission, de nous rendre disponibles, de partir ensemble, de sortir de nos maisons, de sortir avec notre Seigneur et Maître vers les “carrefours des routes” du monde d’aujourd’hui, faire pèlerinage pour la vie chrétienne comme disciples-missionnaires au cœur de nos joies, de nos peurs et doutes, angoisses du moment, c’est cela renouveler notre zèle missionnaire.
Cet envoi en mission inaugure et sert de propédeutique au grand, prophétique mandat missionnaire, à la missio ad gentes de la fin des évangiles de Matthieu et de Marc : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20) ; « Allez par tout le monde, prêchez la bonne nouvelle à toute la création » (Mc 16, 15)
C’est notre comportement de disciples-missionnaires, qui sera le premier témoignage de ce que nous voulons transmettre. Sortir de la routine, partir « léger » c’est n’être chargé que de cette Bonne Nouvelle à partager en commençant par proposer la paix. La paix et non pas des dogmes ou une doctrine. Nous ne sommes pas tant envoyés pour convertir que pour partager cette paix, ce don de Dieu qui nous transforme, nous libère de ce qui nous enferme et nous permet d’entrer en communion avec les autres en abandonnant nos réflexes d’indifférence, de méfiance, d’exclusion.
Notre mission nous appelle à être ouverts à ce qui se passe, à nous rendre présents à ceux que nous rencontrons, attentifs à leurs attentes, à oser dire une parole ou poser certains actes.
Oui ! LaCoopération Missionnaire est avant tout un service ; son rôle est d’être un trait d’union, un lien, entre toutes les Églises, à partir de la rencontre des missionnaires (prêtres, religieux, religieuses originaires de diocèses différents mais engagés pour la même mission sans oublier les laïcs, dont les coopérants et leurs familles) ou à partir des liens créés au cours de l’histoire de nos diocèses (fondations, jumelages, voyages) …
Conclusion
Au demeurant, la mission du Christ est appelée à revigorer et à renforcer notre foi (Redemptoris Missio N :2) pour une communion à la fois verticale et horizontale et une participation plus active, consciente et pleine des fidèles (Sacrosanctum Concilium N : 14) non seulement aux célébrations liturgiques mais par rapport à tout ce qui regarde leur être de fidèles du Christ.
Père Cosme-Tayéwo ADJOMALE,
Directeur national des OPM.
[1] Conc. Vat. II, Const. dogm.Lumen Gentium : AAS 2 (1965), p. 5-6.



















































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