COMMENTAIRE
Le signe concret de la venue du Royaume de Dieu
Après avoir médité dimanche dernier sur l’annonce fondamentale de Jésus concernant les temps accomplis avec la venue du Royaume de Dieu, l’Évangile d’aujourd’hui nous invite à réfléchir sur la première action concrète du Seigneur. Celui-ci, à travers l’enseignement autoritaire suivi de l’expulsion du démon, a ainsi révélé l’irruption du Royaume divin dans la réalité humaine. L’épisode évangélique est donc également riche de significations théologiques et spirituelles pour la vie des chrétiens et pour la mission évangélisatrice de l’Église dans le monde contemporain.
- Une scène particulière de l’enseignement de Jésus
Il faut d’emblée souligner le contexte particulier de la première action de Jésus que l’évangéliste Marc a esquissé dans son style habituel, concis mais essentiel. Nous sommes avec Jésus dans la synagogue de Capharnaüm, un jour de sabbat. Le fait qu’il enseigne là, dans la synagogue, montre que Jésus jouissait déjà d’un statut particulier parmi les gens comme un rabbi – maître à l’époque. Toutefois, l’évangéliste souligne encore la différence entre Jésus et les autres maîtres de l’époque : « Ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes ». La situation est semblable à celle que nous retrouvons plus tard, dans la synagogue de Nazareth, lorsque le chef de la synagogue invite Jésus à lire la Parole de Dieu et à donner l’enseignement qui suscitera ensuite l’étonnement de tous ceux qui sont présents.
Mais ce qui rend la situation de cet épisode tout à fait particulière, c’est la présence d’ « un homme possédé par un esprit impur ». Comment cet homme a-t-il « réussi » à entrer dans la synagogue avec les autres « fidèles » ? Nous notons également qu’il était peut-être calme avant, et que ce n’est qu’après qu’il « s’est mis à crier ». Comment cela se fait-il ?
C’est une réaction précisément à la puissance de l’enseignement de Jésus, de la Parole de Dieu maintenant offerte en Jésus, qui « est vivante, efficace et plus tranchante qu’aucun glaive à deux tranchants ; elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, jusqu’aux jointures et aux moelles, et elle discerne les sentiments et les pensées du cœur. Aucune créature ne peut se cacher devant Dieu, mais tout est nu et découvert aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte » (He 4,12-13). Et Jésus, le Verbe de Dieu lui-même, sera toujours comme «le signe de contradiction», « pour la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël » (Lc 2,34).
Face à Jésus, l’homme « possédé », c’est-à-dire celui qui est dans le royaume des ténèbres, ne pouvait que refuser, protester et crier. En effet, il « se mit à crier » en prononçant des paroles mystérieuses, jamais entendues auparavant (du moins dans la trame narrative de l’Évangile) : « Que nous veux-tu, Jésus le Nazarénien ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ! ».
- Une révélation particulière de la mission et de l’identité de Jésus
Le cri du possédé révèle curieusement la véritable mission et l’identité de Jésus. En effet, dans la question rhétorique « Es-tu venu pour nous ruiner ? », le verbe « venir » est habituellement utilisé pour décrire la caractéristique de la mission de Jésus, comme, par exemple, il le déclarera lui-même plus tard : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mc 2,17). Dans notre épisode, la mission de Jésus est mise en évidence précisément pour « détruire » la domination des démons dans le monde, pour libérer tous ceux qui sont affligés de diverses manières par la captivité du Malin et du mal. C’est le signe tangible de l’irruption de la puissance du royaume de Dieu dans le monde par la présence et l’action de Jésus. Ce point est souligné par Jésus lui-même : « Si je chasse les démons par le doigt de Dieu, alors le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Lc 11,20 ; cf. Mt 12,28).
Jésus chasse les démons « par le doigt de Dieu », c’est-à-dire avec la puissance de Dieu lui-même, en vertu de sa relation particulière avec Dieu, de son identité unique de « Saint de Dieu » que le démon « connaît » et « annonce » à travers le possédé ce samedi-là dans la synagogue de Capharnaüm. Curieusement, cette identité de Jésus en tant que « Saint de Dieu » sera plus tard professée par saint Pierre lui-même au milieu de la crise des disciples, dont beaucoup ont quitté Jésus après un discours sévère : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle, et nous avons cru et connu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6,68-69). La grande différence entre les deux situations est que Simon Pierre non seulement connaît et déclare la véritable identité de Jésus, mais affirme aussi son adhésion fidèle à Lui : « Seigneur, à qui irions-nous ? » Jésus n’a besoin de personne pour connaître son identité. Il n’a jamais besoin de ce genre d’affirmation purement « cognitive » (« Tu es le Saint de Dieu ») qui n’est pas suivie d’une vie cohérente avec cette connaissance (comme dans le cas des démons qui connaissent mais rejettent Jésus ! Ils ne veulent rien avoir à faire avec Lui). Jésus, en revanche, appelle et invite toujours à adhérer à sa personne et au Royaume annoncé et inauguré avec et en lui. C’est précisément pour cela que Jésus fait taire « sévèrement » les paroles du démon : « Tais-toi ! sors de lui ! ».
- « Qu’est cela ? Un enseignement nouveau, donné avec autorité. Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent ! » Le Christ, sagesse et puissance de Dieu, à recevoir et à proclamer
L’ordre de Jésus au démon est rapidement exécuté, comme le souligne l’évangéliste Marc en répétant la même expression de l’ordre : « Et l’esprit impur […] sortit de lui ». Cela laisse effectivement entrevoir la « nouveauté » des paroles de Jésus, qui non seulement éclairent avec sagesse, mais commandent aussi l’obéissance des esprits impurs, comme cela est raconté après coup dans la synagogue et ensuite, implicitement, « dans toute la région de la Galilée », lieu symbolique du monde universel des païens. C’est ce sur quoi insistera l’apôtre Paul dans sa vaste et inlassable activité d’annonce de l’Évangile : le Christ est la sagesse et la puissance de Dieu à recevoir et à annoncer à tous (cf. 1 Co 1,24).
Ce qui a été dit jusqu’à présent est encore très pertinent dans la mission d’évangélisation de Jésus aujourd’hui à travers son Église et ses disciples individuels. Nous ne devons jamais l’oublier, comme nous l’enseigne l’encyclique Redemptoris Missio :
La libération et le salut apportés par le Royaume de Dieu atteignent la personne humaine dans ses dimensions physiques et spirituelles. Deux gestes caractérisent la mission de Jésus : guérir et pardonner. […] Dans la perspective de Jésus, les guérisons sont également signes de salut spirituel, c’est-à-dire de la libération du péché. En accomplissant des gestes de guérison, Jésus invite à la foi, à la conversion et au désir du pardon. (Lc 5,24) Quant est reçu le don de la foi, la guérison pousse à aller plus loin : elle introduit dans le salut. (Lc 18,42) Les gestes de libération de la possession du démon, mal suprême et symbole du péché et de la rébellion contre Dieu, sont des signes que «le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous». (Mt 12:28) (Redemptoris Missio 14)
C’est pourquoi les disciples du Christ sont aujourd’hui plus que jamais appelés à collaborer à cette mission évangélisatrice de leur Seigneur et Maître, en transmettant fidèlement ses propres paroles sages et puissantes, afin de faire advenir le royaume de Dieu avec patience et détermination. Ce royaume, comme nous le rappelle l’encyclique Redemptoris Missio, « concerne tout le monde : les personnes humaines, la société, le monde entier. Travailler pour le Royaume signifie reconnaître et favoriser le dynamisme divin qui est présent dans l’histoire humaine et la transforme. Construire le Royaume signifie travailler pour la libération du mal dans toutes ses formes. En un mot, le Royaume de Dieu est la manifestation et la réalisation de son dessein de salut dans toute sa plénitude ». (Redemptoris Missio 15)
Continuons donc à prier pour notre conversion et celle de tous au Royaume de Dieu et à son Évangile, surtout en cette année consacrée à la prière en préparation du Jubilé 2025. Et prions aujourd’hui en particulier avec la belle prière de la Collecte fournie par le Missel italien pour ce quatrième dimanche :
O Père, qui nous as donné dans le Christ ton Fils l’unique maître de la sagesse et le libérateur des puissances du mal, rends-nous forts dans la profession de la foi, afin que, en paroles et en actes, nous puissions proclamer la vérité et témoigner de la béatitude de ceux qui mettent leur confiance en toi. Par le Christ notre Seigneur. Amen !
Points utiles:
PAUL VI, Exhortation Apostolique sur l’évangélisation dans le monde moderne, Evangelii Nuntiandi
L’annonce du Règne de Dieu
- Evangélisateur, le Christ annonce tout d’abord un Règne, le Règne de Dieu, tellement important que, par rapport à lui, tout devient “ le reste ”, qui est “ donné par surcroît ”. Seul le Règne est donc absolu et il relativise tout ce qui n’est pas lui. Le Seigneur se plaira à décrire sous mille formes diverses le bonheur d’appartenir à ce Règne, bonheur paradoxal fait de choses que le monde rejette ; les exigences du Règne et sa charte, les hérauts du Règne, ses mystères, ses enfants, la vigilance et la fidélité demandées à quiconque attend son avènement définitif.
Prédication infatigable
- Cette proclamation du Royaume de Dieu, le Christ l’accomplit par la prédication infatigable d’une parole dont on dira qu’elle ne trouve d’égale nulle part ailleurs : “ Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! ”; “ Et tous lui rendaient témoignage et étaient en admiration devant les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche ”; “ Jamais homme n’a parlé comme cet homme ! ”. Ses paroles dévoilent le secret de Dieu, son dessein et sa promesse, et changent par là le cœur de l’homme et son destin.
PAPE FRANÇOIS, Angélus, Bibliothèque du Palais apostolique, Dimanche 31 janvier 2021
Le passage évangélique d’aujourd’hui (cf. Mc 1, 21-28) raconte une journée-type du ministère de Jésus, il s’agit en particulier d’un samedi, journée consacrée au repos et à la prière, les gens allaient à la synagogue. Dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus lit et commente les Ecritures. Les personnes présentes sont attirées par sa façon de parler ; ils sont très étonnés parce qu’il démontre une autorité différente de celle des scribes (v. 22). En outre, Jésus se révèle puissant également dans ses œuvres. En effet, un homme dans la synagogue se retourne contre lui en l’interpellant comme l’Envoyé de Dieu ; Jésus reconnaît l’esprit malin, lui ordonne de sortir de cet homme et ainsi il le chasse (vv. 23-26).
On voit ici les deux éléments caractéristiques de l’action de Jésus : la prédication et l’œuvre thaumaturgique de guérison. Il prêche et il guérit. Ces deux aspects ressortent dans le passage de l’évangéliste Marc, mais le plus mis en évidence est celui de la prédication ; l’exorcisme est présenté comme la confirmation de son «autorité» particulière et de son enseignement. Jésus prêche avec sa propre autorité, comme quelqu’un qui possède une doctrine qu’il tire de lui-même, et pas comme les scribes qui répétaient les traditions précédentes et les lois transmises. […]
L’enseignement de Jésus a la même autorité que Dieu qui parle ; en effet, par un seul ordre il libère facilement le possédé du malin et il le guérit. Pourquoi ? Parce que sa parole accomplit ce qu’il dit, parce qu’Il est le prophète définitif. Mais pourquoi est-ce que je dis qu’il est le prophète définitif ? Rappelons-nous de la promesse de Moïse. Moïse dit : «Yahvé ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme moi — comme moi —, que vous écouterez» (cf. Dt 18, 15). Moïse annonce Jésus comme le prophète définitif. C’est pourquoi [Jésus] ne parle pas avec l’autorité humaine, mais avec celle divine, parce qu’il a le pouvoir d’être le prophète définitif, c’est-à-dire le Fils de Dieu qui nous sauve, nous guérit tous.
Le deuxième aspect, celui des guérisons, montre que la prédication du Christ sert à vaincre le mal présent dans l’homme et dans le monde. Sa parole vise directement le règne de Satan, il le met en crise et il le fait reculer, il l’oblige à sortir du monde. […]
PAPE FRANÇOIS, Angélus, Place Saint-Pierre, Dimanche, 28 janvier 2018
[…] Au centre du récit d’aujourd’hui figure l’événement de l’exorcisme, à travers lequel Jésus est présenté comme un prophète puissant en paroles et en œuvres.
Il entre dans la synagogue de Capharnaüm le jour du sabbat et se met à enseigner ; les personnes sont frappées par ses paroles, parce que ce ne sont pas des paroles ordinaires, elles ne ressemblent pas à celles qu’ils entendent d’habitude. En effet, les scribes enseignent mais sans avoir une autorité personnelle. Et Jésus enseigne avec autorité. Jésus, au contraire, enseigne comme quelqu’un qui a autorité, se révélant ainsi comme l’Envoyé de Dieu, et non comme un simple homme qui doit fonder son enseignement uniquement sur les traditions précédentes. Jésus a une pleine autorité. Sa doctrine est nouvelle et l’Evangile dit que les gens commentaient : «Un enseignement nouveau, donné d’autorité» (v. 27).
Dans le même temps, Jésus se révèle puissant également dans les œuvres. Dans la synagogue de Capharnaüm, il y a un homme possédé par un esprit impur, qui se manifeste en criant ces paroles : «Que nous veux-tu, Jésus le Nazarénien? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu» (v. 24). Le diable dit la vérité : Jésus est venu pour détruire le diable, pour détruire le démon, pour le vaincre. Cet esprit impur connaît la puissance de Jésus et il en proclame aussi la sainteté. Jésus le réprimande en lui disant : «Tais-toi et sors de lui» (v. 25). […]
Ce fait impressionne beaucoup les personnes présentes. Elles sont toutes prises de crainte et se demandent : «Qu’est cela? […] Même aux esprits impurs, il commande et ils lui obéissent !» (v. 27). La puissance de Jésus confirme l’autorité de son enseignement. Il ne prononce pas seulement des paroles, mais il agit. Il manifeste ainsi le projet de Dieu par les paroles et par la puissance des œuvres. En effet, dans l’Evangile, nous voyons que Jésus, dans sa mission terrestre, révèle l’amour de Dieu tant par la prédication que par d’innombrables gestes d’attention et de secours aux malades, aux nécessiteux, aux enfants, aux pécheurs.
Jésus est notre Maître, puissant en paroles et en œuvres. Jésus nous communique toute la lumière qui illumine les routes, parfois sombres, de notre existence ; il nous communique également la force nécessaire pour surmonter les difficultés, les épreuves, les tentations. Pensons à la grande grâce que représente pour nous d’avoir connu ce Dieu si puissant et si bon ! Un maître et un ami qui nous indique le chemin et qui prend soin de nous, en particulier quand nous sommes dans le besoin.
Commentaire de Anh Nhue



















































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